jeudi 6 octobre 2011

Un jour viendra...

-Un jour viendra... Rêves indiens-

Mon esprit vagabonde dans cette douce nuit d'été et je le laisse flâner à sa guise.
Où va-t-il me porter?
Espérons le plus loin possible, au loin de toutes frontières, toutes barrières, toutes contraintes matérielles et financières.
Oublier, tout oublier, le plus simplement du monde.
Fuir, s'évader, s'évaporer voilà bien ce dont nombreux, je crois, rêvent.
Notre société dont la cupidité ne semble connaître aucune limite nous fatigue, nous broie, nous affaiblit et nous éteint au jour le jour.
Lentement, dans le bruit, la fureur et la haine ordinaire un système nous assassine...
De tout cela plus rien je ne veux ce soir car un jour viendra où il n'aura plus cours tout auto-anéanti qu'il sera.
Un jour viendra où des balafres cicatricielles nommées frontières il ne restera rien.
Notre mère à tous, la terre, retrouvera alors sa belle virginité de jeune fille libre de champs en rivières en passant par ses montagnes pro-jetées dans les océans.
Resplendissante comme une jeune mariée tu seras !
Comme je t'aimerai ma belle !
Allongé dans les dunes, yeux rivés dans la voie lactée, mains ancrées dans la terre sablonnée, narines écarquillées aux effluves marines, tympans vibrants aux reflux de l'océan.
Un jour viendra où de nouveau plus une seule de tes parcelles n'appartiendra à quelque personne que ce soit. Ouverte, libre, fraîche et bonne tu donneras à tous, pour tous sans distinction.
Depuis toujours tu le fais mais certains en ont décidé autrement et nous nous sommes lâchement inclinés devant tant de bêtises.
"Nous le savons: la terre n'appartient pas à l'homme, c'est l'homme qui appartient à la terre.Nous le savons: toutes choses sont liées. Tout ce qui arrive à la terre arrive aux fils de l'homme."*1
A la bonne heure et qu'ils nous arrivent selon ce que nous avons fait subir à la terre... pas plus, pas moins.
Un jour viendra, et il est proche, où nous serons à nouveau les fils de la terre.
Plus dure et rugueuse elle sera, telle que nous l'aurons rendue, façonnée et transformée.
Ce sera le prix à payer pour renouer avec la simplicité de notre nature.
Car aussi loin que mon esprit s'égare ce soir nous avons été dans la bassesse et la folie du mercantilisme obscure.
" Notre terre vaut mieux que de l'argent. Elle sera toujours là, elle ne périra pas même dans les flammes d'un feu.
Aussi longtemps que le soleil brillera et que l'eau coulera, cette terre sera ici pour donner vie aux hommes et aux animaux. Nous ne pouvons vendre la vie des hommes et des animaux.
C'est pourquoi nous ne pouvons vendre cette terre.
Elle fut placée ici par le Grand Esprit et nous ne pouvons la vendre parce qu'elle ne nous appartient pas." *2
Un jour viendra où nous reviendrons vers toi ma terre, ce jour où tous nous réapprendrons à te lire, à t'entendre, à t'écouter, t'embrasser, vivre dans les bras de tes forêts.
De nouveau nous te cueillerons, effleurerons de nos mains ton épiderme nourrissant, plongerons nos mains dans tes eaux fourmillantes de vie... Tout simplement et à seule fin de nous nourrir frugalement  de toutes tes bontés.
Et là, "mes jeunes gens ne travailleront jamais.[car] les hommes qui travaillent ne peuvent rêver et la sagesse nous vient des rêves"*3
Alors je rêve du jour qui viendra où l'asservissement du travail forcené disparaîtra, où chacun de sa digne et belle participation trouvera la joie de servir sa communauté.
Un jour viendra, je le sais, je le sens, où seule comptera notre simple envie de nous appartenir à nous-mêmes.
"Fort étrangement, ils ont dans l'esprit la volonté de cultiver le sol, et l'amour de posséder est chez eux une maladie. Le peuple [blanc] a fait des lois que les riches peuvent briser mais non les pauvres et les faibles pour entretenir les riches qui gouvernent.
Ils revendiquent notre mère a tous, la terre, pour eux seuls et ils se barricadent contre leur voisins.
Ils défigurent la terre avec leurs constructions et leurs rebuts.
Cette nation est comme le torrent  de neige fondue qui sort de son lit et détruit tout sur son passage".*4
Un jour viendra où vos voix feront échos mes frères indiens comme raisonnant du fond des vallées telles les hurlements des loups.
Combien vos visions étaient justes et saines sans même avoir à attendre d'avoir vu les mauvais fruits que porteraient nos égarements !
Un jour viendra où vous et moi planterons nos tentes sur une terre vierge et dispensée de toutes obligations afin de revivre enfin libres et égaux en droits.
Croyez moi, nous avons l'impératif devoir d'y croire... à jamais.

YS




1: Seattle, chef indien Suquamish.
2: chef indien "Blackfeet".
3: Smohalla, chef indien Sokulls.
4: Sitting bull.